Los Angeles compte un nouveau prétendant au titre d’appartement le plus cher de la ville : Eterna Residence, un penthouse à 68 millions de dollars qui occupe la totalité du 41e étage de la tour nord de Park Elm Residences, à Century Plaza. Ce n’est pas la première fois que Century City, le quartier sur le Westside de Los Angeles, fait parler de lui. En 1966, l’emblématique Century Plaza Hotel, aujourd’hui devenu le Fairmont Century Plaza, avait suscité l’émerveillement. Il faut imaginer alors l’impact visuel et architectural de cet édifice conçu par Minoru Yamasaki – le célèbre architecte du World Trade Center -, qui signait ce qui était à l’époque le plus haut immeuble de Century City. « De là-haut, on voit l’océan ! », s’étonnait-on avec admiration. Seule construction aux lignes incurvées du quartier, le bâtiment devient rapidement un symbole de modernité et d’optimisme. Il acquiert également une dimension politique et symbolique, au point d’être parfois surnommé la « Maison-Blanche de la côte Ouest », tant les présidents américains y séjournent régulièrement, y recevant dignitaires étrangers et sommets internationaux. Aujourd’hui, les tours de Park Elm s’élèvent derrière le Fairmont restauré et constituent le cœur résidentiel du vaste projet Century Plaza développé par les développeurs anglais Reuben Brothers.
Au sommet de l’une des tours se trouve Eterna, une résidence d’environ 800 mètres carrés conçue et décorée par Jordana Yechiel, en charge du design résidentiel de Reuben Brothers. « Je commence toujours un projet en imaginant l’espace comme un réalisateur pourrait visualiser le décor d’un film », explique Jordana. « Pour cet espace et cette lumière extraordinaire, mon film était une lettre d’amour à l’Italie, située entre 1965 et 1975. Le terrazzo, les différentes strates de noyer laqué et le travertin constituaient une base épurée sur laquelle venaient se poser formes géométriques, touches de couleur, fantaisie inattendue et cet humour si caractéristique de l’histoire du design postmoderne italien. » La collaboration entre Jordana Yechiel et Invisible Collection remonte à plusieurs années, depuis la rénovation des résidences du Surrey à Manhattan. « Travailler avec Invisible Collection a été un rêve. En tant que designer qui partage leur goût, j’aime sincèrement tous leurs meubles. Il y a tant de créateurs exceptionnels, et l’on peut tout réunir, du mobilier aux arts de la table en passant par les textiles et accessoires, sur une seule facture ! », raconte Yechiel.
Eterna conjugue des vues panoramiques qui s’étendent de Downtown Los Angeles jusqu’au Pacifique avec une multitude d’équipements dédiés à la détente et au bien-être, parmi lesquels plusieurs terrasses, un bar habillé de travertin et une cave à vin réalisée sur mesure abritant une collection de grands crus estimée à 250 000 dollars. Et, luxe ultime : un vertiport réservé aux résidents, installé au sommet de la tour sud, qui permettra de rejoindre les aéroports de la région en taxi aérien électrique. Mais qui aurait envie de partir ? Les intérieurs sont si accueillants et si séduisants que l’on n’éprouve guère le besoin d’en sortir. « Je ne suis pas partie de l’idée de concevoir un penthouse. Je voulais créer et composer un art de vivre avec un passé, un présent et un avenir. Des collections qui semblent avoir déjà été constituées, des trésors dénichés aux quatre coins du monde, des draps sur mesure posés sur des matelas fabriqués à la main, une cave patiemment composée », se souvient Jordana Yechiel.
Chaque espace affirme une personnalité bien distincte : audacieuse et géométrique dans l’un des salons, où les accents de laiton répondent au canapé M, aux fauteuils Pol et à la table basse Yaba en bronze ; plus épurée et sophistiquée dans un autre, où les lignes amples de la paire de canapés Above the Clouds sont soulignées par des tapis réalisés sur mesure et par la table basse Pentagon. Fauteuils d’appoint et tabourets, dont l’iconique Barth, ponctuent les espaces. Dans la vaste salle à manger, le spectaculaire lustre Untitled T domine un ensemble qui rend hommage au modernisme brésilien, avec les chaises GS3 et la table Guanabara.
« L’art et le design ont été intégrés dès les premières étapes de conception des plans, le plâtre sculptural, la feuille d’or, les pièces italiennes du milieu du siècle et le mobilier vintage étant tous considérés comme faisant partie de l’architecture elle-même plutôt que comme de simples éléments décoratifs », expliquait Jordana Yechiel dans un entretien accordé à Robb Report. « Le projet comprend également une collaboration avec la galerie Anat Ebgi à Los Angeles, qui apporte à la résidence couleur, texture et œuvres du milieu du siècle. » À l’image du mobilier, les œuvres exposées semblent elles aussi avoir été pensées pour les lieux, tant elles s’inscrivent naturellement dans le récit de la résidence, à l’instar des bas-reliefs originaux aux allures de sculptures de l’artiste belge Katrien Van Der Schueren.
Qu’Eterna finisse ou non par battre un record de vente paraît presque secondaire. Dans une ville qui a fait de la réinvention l’un de ses arts les plus emblématiques, la résidence offre quelque chose de plus insaisissable : un intérieur neuf qui semble pourtant déjà chargé d’histoire. Suspendue au-dessus de Los Angeles, quelque part entre héritage, mémoire et imagination, Eterna ne cherche pas à appartenir à l’instant présent, mais incarne au contraire un univers pensé pour durer.











