A l’occasion de Maison & Objet et de la Paris Design Week, Invisible Collection et Féau Boiseries dévoilent le deuxième volet de Period Rooms of the Future, l’exposition pensée pour célébrer le centenaire de l’art deco, inaugurée pendant Art basel Paris. Dans cette nouvelle installation, les décors créés à l’apogée de l’Art déco, servent de toile de fond à une curation de créations contemporaines, preuve de la continuité culturelle entre les années 1920 et le collectible design d’aujourd’hui. Loin du voyage nostalgique dans le passé, c’est au contraire un regard neuf sur ce qui continue de façonner notre sensibilité contemporaine, et sur l’idéal du beau, dans ce qu’il a d’exquis et de sublime.
Choisi dans les archives et la collection privée de Féau, chaque décor est un véritable joyau – rarement, sinon jamais, montré – commandité spécialement par des mécènes et esthètes de l’entre-deux guerres, moment emblématique de l’Art déco. Tel une promenade dans l’histoire, le visiteur déambule à travers ces décors comme autant de fragments de vie parisienne : le splendide fumoir conçu par Maurice Dufrêne pour la demeure de David David-Weill – un chef-d’œuvre d’ébène, de nacre et de bronze doré ; l’intégralité de la boiserie du bureau du magnat du pétrole Elie Nahmias signée Emilio Terry ; les panneaux de bois finement sculptés à la main pour la salle à manger de Jeanne Lanvin ; les majestueux cabinets et bibliothèques en palissandre et bronze doré dessinés par Ruhlmann pour la maison du fondateur de L’Oréal, Eugène Schueller ; ou encore les sublimes boiseries du XVIIᵉ siècle, récupérées par Jean-Michel Frank dans un ancien château, puis subtilement remises au goût du jour pour le salon des Guerlain… Autant d’histoires d’intérieurs parisiens, autant de plongées dans l’intimité de ces maisons.
Pourtant, Period Rooms of the Future ne se tourne pas vers le passé : les décors sont transformés par les créations et objets contemporains qui incarnent l’art de vivre moderne et l’esthétique singulière propre à Invisible Collection. Ainsi, un dialogue s’installe entre les décors des années 1920 et le mobilier des années 2020, dont des meubles signés OUD et Sarah Chirazi, et les créations des Maisons d’art de la mode et de la décoration du 19M. Dans cet espace aux allures de labyrinthe, des salles pensées comme des tableaux : dans un passage, les panneaux architecturaux de Studio MTX, faits de rubans et fils de metal tissés, flottent librement, suspendus au milieu des boiseries créées par Rateau pour Jeanne Lanvin. Dans le fumoir, le paravent Nénuphar de Goossens – orné d’éléments évoquant des nénuphars en métal martelé – apporte la démonstration que la grammaire esthétique du passé peut s’inscrire avec naturel dans le langage d’aujourd’hui. Non loin, une bibliothèque en verre et metal dessinée par Roux-Spitz est la vitrine d’un ensemble éclectique d’objets créés par Goossens, dont ceux commandités par Gabrielle Chanel elle-même. Lesage Intérieurs dévoile une broderie originale, à la croisée de la tapisserie et du décor mural, exposée dans la salle Jean-Michel Frank.
Côté mobilier, un mélange subtil de créations nouvelles révèle les multiples facettes de la création contemporaine portée par Invisible Collection. La sophistication de Studio Oud convoque l’imaginaire de l’Art déco à son apogée, à travers des matériaux rares, des textures riches et des formes intemporelles. Parmi les meubles choisis, un bureau somptueux inspiré de l’imaginaire d’un Egypte fantasmé. Dans un autre registre, le travail de Sarah Chirazi, avec son approche presque impertinente d’objets familiers et ses inspirations africaines ; ses meubles de la collection Veggie animent l’espace d’un esprit ludique. Dans le grand salon Ruhlmann, le Teddy – lit monumental, signé Charles Zana dont la tête de lit est entièrement brodée par Lesage Intérieurs – règne en majesté. L’exposition intègre également de nouvelles créations issues de la Campagne d’acquisition du Mobilier national, des créations destinées à rejoindre sa collection permanente, réaffirmant la collaboration de longue date et sans équivalent entre l’institution française et Invisible Collection. Partout où se pose le regard, des objets d’art choisis par L’Œil de KO renforcent cette atmosphère feutrée d’une demeure privée.
“En 2026, Invisible Collection célèbre son dixième anniversaire,” – rappelle Isabelle Dubern-Mallevays. “Nous avons choisi d’ouvrir cette année symbolique aux côtés des amis qui partagent nos valeurs fondatrices : le respect du temps long, l’exigence du détail, l’excellence, la culture et une esthétique profondément française. Des collaborations essentielles, ancrées dans l’histoire des arts décoratifs français : la continuité des institutions et des manufactures avec le Mobilier national ; la permanence des savoir-faire artisanaux, incarnée par des maisons telles que Féau Boiseries ; et la vitalité créative des maisons de luxe, avec le 19M, pôle des métiers d’art et de la mode de Chanel. C’est cette communauté de valeurs et cet engagement commun en faveur de la transmission et de la création qui confèrent à notre démarche son caractère singulier.” Conclue la co-fondatrice d’Invisible Collection.
Unique en son genre et par son propos, Period Rooms of the Future II célèbre le lien indissoluble entre savoir-faire et design – la vision des maîtres d’hier restituée dans un langage nouveau par les talents d’aujourd’hui qui, comme leurs prédécesseurs, travaillent déjà pour demain.
Passé, présent et futur, jamais aussi bien conjugués.