Fonds Bustamante | Charles Zana — Église Sainte-Croix
Inauguré à l’occasion de l’ouverture des Rencontres, le Fonds Bustamante prend place dans la magnifique église Sainte-Croix, restaurée avec une remarquable sobriété. Pensé comme un lieu d’exposition, de recherche et de transmission, il prolonge le dialogue que Jean-Marc Bustamante entretient depuis toujours entre photographie, sculpture et installation. Charles Zana a imaginé un parcours distribué sur trois niveaux, préservant la monumentalité du lieu tout en y introduisant des matériaux chaleureux et une lumière parfaitement maîtrisée. L’ensemble dégage une sérénité rare, où architecture et œuvres semblent converser naturellement. (En toute transparence : Charles Zana est un ami et l’un des grands designers chez Invisible Collection.)
Les Rencontres d’Arles — Arles
7 juillet – 4 octobre 2026
Les collectionneurs le savent : dans le monde de l’art, la photographie a longtemps été regardée de haut, comme la pauvre cousine venue de la campagne dans un roman de Jane Austen. (Le Violon d’Ingres de Man Ray vendue pour 12,4 millions de dollars, est l’exception). Peu importe, nous sommes fans to photographie. Et nous avons envie de la célébrer. Cette édition des Rencontres d’Arles réunit pas moins de 36 expositions, qui méritent presque toutes le détour. En voici quatre – ou plutôt cinq – que nous vous recommandons sans hésiter.
Martine Barrat : Do or Die and Beyond — Espace Van Gogh
Enfin, Martine Barrat ! Il lui aura fallu attendre ses 93 ans pour qu’une véritable rétrospective muséale lui rende enfin justice. Figure majeure de la photographie documentaire, elle conjugue avec une rare justesse engagement politique et profonde humanité. Du South Bronx à Harlem, puis à Paris, son regard accompagne boxeurs, gangs et communautés marginalisées sans jamais céder au spectaculaire. Une œuvre d’une infinie tendresse, qui pourrait bien être le véritable cœur battant de cette édition des Rencontres. Pour nous, ça l’est.
We Are Not Alone: Alien Images — Église Sainte-Anne
La photographie est un médium paradoxal : elle enregistre le réel tout en se prêtant merveilleusement à la manipulation. C’est précisément ce qui rend cette exposition si réjouissante. Entre clichés d’ovnis, enquêtes d’amateurs et supposées rencontres extraterrestres, elle explore moins la question de savoir si ces images sont vraies que notre irrésistible besoin d’y croire. Drôle, brillante, subtile, elle tombe à point nommé à l’heure où l’intelligence artificielle brouille chaque jour un peu plus la frontière entre réalité et fiction. The truth is out there… vraiment ?
Ming Smith : Wandering Light — Église Sainte-Anne
Première exposition personnelle de Ming Smith en France. Il était temps. Première photographe afro-américaine à intégrer les collections du MoMA, elle compose des images qui semblent toujours flotter entre deux mondes. La lumière y dissout les silhouettes, transformant les corps en souvenirs, quelque part entre documentaire et rêverie. Nourrie de jazz, de spiritualité, de culture afro-américaine et de ses voyages en Europe, son œuvre déploie une poésie silencieuse, d’une grâce presque hypnotique.
Being There — Église Saint-Blaise (Abbaye Saint-Césaire)
Il est fascinant de voir à quel point un simple artifice peut bouleverser notre perception du réel. À partir des photographies anonymes réunies par Lee Shulman dans The Anonymous Project, l’artiste sénégalais Omar Victor Diop s’invite, avec une étonnante évidence, dans des images dont les personnages noirs étaient historiquement absents. L’intervention est presque imperceptible, mais elle transforme profondément notre lecture de l’image. Une réflexion aussi subtile que puissante sur la représentation, la mémoire collective et les silences qui habitent les archives photographiques du XXᵉ siècle.
Animal Model — LUMA Arles, La Mécanique Générale
Si les Rencontres finissent par vous donner le vertige – tant elles sont denses et généreuses – faites un détour par LUMA. Impossible de manquer la tour imaginée par Frank Gehry, qui domine désormais l’horizon arlésien. Parmi les nombreuses expositions présentées cette année, Animal Model mérite largement le déplacement. Sous le commissariat de Nathalie Herschdorfer, près de deux siècles d’images animales dialoguent avec la photographie scientifique, l’histoire naturelle victorienne, l’art contemporain, Internet et même TikTok. Ludique en apparence, l’exposition se révèle une réflexion d’une grande intelligence sur notre manière de regarder, et de représenter, le monde vivant.
François Halard : 56 Days in Arles, Libraryman
Nous admirons depuis longtemps François Halard pour ses photographies de maisons d’artistes aux quatre coins du monde. Avec 56 Days in Arles, il se livre dans un registre infiniment plus intime. Réalisé pendant le premier confinement, l’ouvrage rassemble un Polaroid pour chacun des cinquante-six jours passés dans sa maison arlésienne. Fleurs, objets familiers, fragments de lumière, pièces silencieuses : tout devient matière à contemplation. Plus qu’un journal de l’isolement, c’est une délicate méditation sur le temps qui passe, la beauté du quotidien et l’art de regarder autrement.
Peter Stephan Jungk : The Darkrooms of Edith Tudor-Hart, Haus Publishing
Tout juste publié en anglais, ce remarquable ouvrage se lit comme un roman d’espionnage. Peter Stephan Jungk y retrace le destin hors norme d’Edith Tudor-Hart, photographe formée au Bauhaus, dont l’engagement pour la photographie sociale allait de pair avec une activité clandestine au service du KGB. Longtemps réduite à son rôle dans le recrutement des futurs « Cambridge Five », elle retrouve ici toute sa place dans l’histoire de la photographie du XXᵉ siècle. Une biographie passionnante, nourrie d’archives inédites et d’années de recherches.
Alexandra Campbell : Hotel du Cap-Eden-Roc: A Timeless Legend on the French Riviera, Rizzoli
Publié à l’occasion des 150 ans de l’hôtel, avec une introduction du toujours élégant Graydon Carter, ce très beau livre retrace l’histoire de l’une des adresses les plus mythiques de la Côte d’Azur. Alexandra Campbell mêle photographies d’archives, anecdotes et documents historiques pour raconter l’évolution du Cap-Eden-Roc, d’un refuge d’écrivains à une légende de la Riviera, immortalisée par Slim Aarons, Jacques Henri Lartigue et tant d’autres. (En toute transparence : une collection de mobilier dessinée par Laclaux pour le restaurant de l’hôtel, Le Grill, face à la mythique piscine, est désormais proposée en exclusivité par Invisible Collection.)
Bonus Track
Une parenthèse avant de passer à la musique. On connaissait Paul McCartney multi-instrumentiste, mélodiste de génie et auteur de quelques-unes des plus belles chansons de la pop. On le découvre aujourd’hui photographe. Présentée au Musée Granet d’Aix-en-Provence, en écho aux Rencontres d’Arles, l’exposition Paul McCartney: Photographs 1963–64: Eyes of the Storm rassemble les images qu’il a prises au plus fort de la Beatlemania. Des chambres d’hôtel aux coulisses des concerts, elles racontent de l’intérieur la naissance d’un mythe, avec cette désarmante impression que tout semblait simple, léger, évident. Et puisqu’il est impossible d’évoquer McCartney sans penser au White Album, terminons avec Blackbird. Une chanson intemporelle, dont les reprises sont innombrables. Impossible de toutes les citer, mais nous avons nos préférées : de la relecture toute récente de l’ineffable Queen Bey à la poétique version en gaélique de Julie Fowlis… À vous d’écouter.
Blackbird, Crosby, Stills, Nash & Young, 1970











