Pierre Chapo

Journal Editor's Pick Pierre Chapo

Rares sont les designers qui ont su célébrer le bois avec autant de conviction. Pierre Chapo fait partie de ceux-là : maître d’une simplicité radicale, il a inspiré générations après générations. Ses meubles sont désormais disponibles en exclusivité chez Invisible Collection.

Dans le cercle des designers culte représentés par Invisible Collection, son nom revient souvent, à voix basse, presque comme un secret trop précieux pour être partagé. Longtemps confidentielle, son œuvre sort enfin de l’ombre et s’impose parmi les grands maîtres du XXe siècle. Ses créations continuent d’être produites dans l’atelier historique qu’il avait fondé à la fin des années soixante, sous l’œil attentif de ses descendants. Des meubles puissants, portés par un assemblage signature, qui semblent défier le temps. Solides, évidentes, inoubliables. Qu’est-ce qui les rend si particuliers ? Qu’est-ce qui rend Chapo si singulier ? À une époque où la Bakélite, l’acier et les matériaux synthétiques annonçaient l’avenir, Pierre Chapo a choisi une voie opposée. Né à Paris en 1927, il consacre sa vie à un seul matériau – le bois massif, de préférence l’orme – et à un savoir-faire où la rigueur moderniste rencontre l’artisanat traditionnel. Aujourd’hui, ses tables en orme et ses fauteuils cossus s’arrachent aux enchères et ponctuent les intérieurs des collectionneurs avertis. Pourtant, leur allure repose sur des choses très simples : des proportions justes, des assemblages ingénieux, un bois préservé dans sa vérité.

Rien ne prédestinait Chapo à l’ébénisterie. Très jeune, il se dirige d’abord vers la peinture, avant qu’une rencontre avec un charpentier naval ne lui révèle le langage du bois. C’est ce déclic qui l’amène à étudier l’architecture à l’École des Beaux-Arts. Là, il affine une pensée constructive, précise, architecturale et in fine, une manière de voir qui ne le quittera jamais. Curieux, voyageur, épris de liberté, il part ensuite pour la Scandinavie, l’Amérique centrale, puis les États-Unis. En Arizona, il découvre Taliesin West, la demeure/laboratoire de Frank Lloyd Wright, et retient l’idée d’une architecture organique, enracinée, sincère. De retour en Europe, il se passionne pour l’approche radicale de Charlotte Perriand, notamment ses meubles de chalet, prouesses à la fois rustiques et modernes. Le design scandinave – Axel Einar Hjorth, Alvar Aalto – nourrit aussi sa réflexion : être fidèle à la matière, tout en poussant toujours plus loin la logique du joint. Avec Nicole, sa compagne, Chapo ouvre un studio puis une galerie au cœur de Paris. On y découvre ses premières pièces, aux côtés de créateurs comme Isamu Noguchi. L’espace devient rapidement un lieu d’échanges, de découvertes, où se croisent collectionneurs, artistes, intellectuels. Samuel Beckett y choisira même son lit, le mythique lit « Godot ». Très tôt, son mobilier se distingue. Alors que le milieu célèbre le plastique moulé ou le métal tubulaire, lui défend le bois : chêne, frêne, orme, parfois teck. Obsédé par les proportions et la structure, il pense chaque pièce comme une construction. Rien n’est caché : l’assemblage devient la beauté. Un pied n’est jamais « juste » un support : il s’incline, s’encastre, se renforce : tout se lit, tout se comprend.

En 1967, il quitte Paris pour Gordes, où il installe un atelier puis une petite manufacture. Là, il crée plus d’une centaine de modèles : tables, assises, rangements, systèmes modulaires. Les noms importent peu, souvent des numéros, mais les formes parlent d’elles-mêmes. La table ronde T21, souvent accompagnée de la chaise S24, célèbre la convivialité : un disque généreux posé sur un jeu de pieds plats qui semblent se vriller vers le centre. La chaise S11, elle, se révèle presque monastique : cuir tendu, ossature solide, proportion parfaite. Et puis il y a la S45 « Chlacc », mise au point dans les années 70 : une construction brevetée, sans vis apparente, fine, élancée – comme une silhouette primitive ou un dessin d’enfant. Les collectionneurs en parlent comme d’un manifeste.
Pour les historiens du design, Chapo incarne l’idéal du « modern craftsman », l’artisan moderne. Une rétrospective à New York, en 2017, l’a placé entre deux mondes : la renaissance artisanale et le modernisme industriel. Les magazines le célèbrent aujourd’hui comme un marqueur de goût : Un meuble Chapo dans un intérieur dit tout : chaleur, rigueur, maîtrise.
Son influence ne cesse de croître. On a vu ses chaises intégrer la mise en scène de l’expo Peter Doig à la Serpentine de Londres. À Paris et Milan, ses créations servent de décor au discours contemporain sur la durabilité et l’intemporel. Dans certaines boutiques de mode, elles deviennent presque des sculptures. De nombreux architectes et décorateurs, dont Marion Stora, le citent en maître à penser et s’en inspirent.

Atteint de la maladie de Charcot, Pierre Chapo s’éteint en 1987, avant ses soixante ans. Pourtant, son œuvre n’a jamais cessé de vivre : transmise par sa famille, exposée, collectionnée, rééditée. Pourquoi un tel engouement ? Peut-être parce que ses pièces disent une chose essentielle : qu’un meuble peut transformer un espace, une atmosphère, une façon de vivre ensemble. À l’heure où l’on interroge la durabilité, l’authenticité, la sincérité du geste, Chapo apparaît non pas comme une nostalgie, mais comme une réponse. Ses pièces nous ramènent à l’essentiel : la matière, la main, la proportion. Elles rendent notre monde plus calme, plus sensé, plus vrai.

Rares sont les designers qui ont su célébrer le bois avec autant de conviction. Pierre Chapo fait partie de ceux-là : maître d’une simplicité radicale, il a inspiré générations après générations. Ses meubles sont désormais disponibles en exclusivité chez Invisible Collection.

Pierre Chapo

Né à Paris en 1927, Pierre Chapo étudia l’architecture à l’École des Beaux-Arts. Durant ses années de formation, il voyagea abondamment à travers l’Europe du Nord et les Amériques, visitant notamment Taliesin West, la célèbre résidence de Frank Lloyd Wright. Ces voyages et rencontres — dont une collaboration fortuite avec un charpentier de marine traditionnel — eurent une influence durable sur son travail et sa conception du bois et de l’ébénisterie.
En étroite collaboration avec son épouse, la peintre et sculptrice Nicole Lormier, il fonda la Galerie Chapo, un espace dédié à la vente de ses créations ainsi qu’à celles d’artistes majeurs tels qu’Isamu Noguchi. La galerie fut l’une des toutes premières boutiques françaises consacrées au design de haute qualité.
À la fois designer et ébéniste, Chapo sut magnifier la beauté et la singularité du bois à travers des créations intemporelles, tout en célébrant son lien profond avec la nature. Malgré sa disparition prématurée en 1987, son héritage perdure et continue d’inspirer les designers contemporains, qui le considèrent comme un véritable maître.

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