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Portrait
Paul László

Paul László (1900–1993) était un architecte et designer d’origine hongroise dont la carrière a fait le lien entre le modernisme européen et le luxe américain de l’après-guerre. Formé à Stuttgart et actif à Vienne durant l’entre-deux-guerres, il développa un langage moderne raffiné qui lui valut une reconnaissance internationale grâce aux grandes revues de design. Fuyant l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’installa en Californie et devint un architecte très recherché par les industriels et les élites hollywoodiennes, concevant des intérieurs rigoureusement maîtrisés comme de véritables œuvres d’art totales. Surnommé « l’architecte des riches », László associa une élégance disciplinée à une pensée visionnaire, des résidences et meubles sur mesure jusqu’à des projets spéculatifs tels que la ville souterraine Atomville.

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Paul László naît en 1900 à Debrecen, en Hongrie. Il se forme à l’architecture et au design à Stuttgart, où il étudie à l’Académie nationale des beaux-arts, dans un contexte de profond bouleversement disciplinaire. L’architecture traverse alors une période de remise en question radicale : une jeune génération de créateurs s’attaque ouvertement aux styles historiques pour se tourner vers la la modernité. Au début de sa carrière, László travaille à Cologne dans l’agence de l’architecte allemand Fritz August Breuhaus, une expérience déterminante qui affine son goût pour la précision, le luxe maîtrisé et la rigueur spatiale.

À vingt-quatre ans, il s’installe à Vienne, où il ouvre son propre cabinet et s’impose rapidement comme l’une des figures majeures de la scène architecturale de l’entre-deux-guerres. Aux côtés de contemporains tels que Hans Stock, Theodor Pfeiffer ou Franz Kuhn, il développe un langage moderne sophistiqué, mêlant élégance et esprit d’expérimentation. Il conçoit des projets au cœur de la Mitteleuropa, parmi lesquels la maison Kopfensteiner à Vienne ou l’Atlantica Bar à Prague, tout en dessinant des poêles en céramique pour la société Heinsteinwerk à Heidelberg, transposant les idées architecturales à l’échelle de l’objet domestique.

Ses projets acquièrent une visibilité internationale grâce à leur publication dans de grandes revues de design, notamment Domus, l’influent magazine fondé par Gio Ponti, ainsi que Art et Industrie et Innen-Dekoration. Ces parutions inscrivent László dans un réseau cosmopolite d’architectes et de designers engagés dans la redéfinition du goût moderne en Europe.

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale marque un tournant décisif dans sa vie. László quitte l’Europe à bord d’un paquebot à destination de New York, avec très peu d’argent en poche. Il s’installe ensuite en Californie et fonde son agence à Beverly Hills, ouvrant un studio sur Rodeo Drive. Son raffinement d’inspiration européenne, allié à une maîtrise absolue du détail, séduit rapidement industriels fortunés, figures politiques et célébrités hollywoodiennes.

Chaque commande est pensée comme un Gesamtkunstwerk, une œuvre d’art totale. Les intérieurs ne sont pas simplement décorés : ils sont composés. Mobilier, luminaires, textiles, vases et accessoires sont dessinés ou choisis par László lui-même, ajustés avec une précision extrême aux proportions, aux couleurs et aux matériaux de chaque espace. Parmi ses clients figurent magnats du pétrole, producteurs de cinéma, divas et réalisateurs, dont Gloria Vanderbilt Stokowski, Barbara Hutton, Sonja Henie ou William Wyler. Une anecdote révélatrice de son indépendance reste dans les mémoires : on raconte qu’il aurait refusé un projet pour Elizabeth Taylor après que celle-ci a tenté d’intervenir de trop près dans le processus de création.

Sa notoriété est telle qu’une importante monographie consacrée à ses oeuvres paraît à la fin des années quarante, et qu’il réalise en quelques années des dizaines de résidences privées. Parmi les plus spectaculaires figurent le palais de Wichita Falls, commandé par le magnat du pétrole Charles McGaha, avec sa piscine en fer à cheval et son mobilier en Lucite, ainsi que la maison du producteur William Perlberg, dotée à la fois d’une piscine et d’une salle de projection privée. Un grand magazine américain le surnommera plus tard « l’architecte des riches », un titre qu’il assume avec un mélange d’ironie et de fierté.

László collabore également avec des artistes et artisans partageant son exigence, parmi lesquels la créatrice textile Maria Kipp, la céramiste et peintre Karin Van Leyden, ou le sculpteur F. F. Kern. Parallèlement, il s’investit dans le design industriel : il rejoint l’équipe de Herman Miller, pour laquelle il développe du mobilier de bureau innovant, puis conçoit des collections de rangements et de sièges pour des fabricants tels que Brown Saltman, Glenn of California ou Widdicomb, au sein d’un réseau incluant des figures majeures comme Frank Lloyd Wright ou Mario Buatta.

Au-delà des maisons privées et du mobilier, László signe également des projets d’architecture commerciale en Californie du Sud : cinémas, grands magasins, aménagements de boutiques de luxe, ainsi que des interventions au Beverly Hills Hotel. Ses projets les plus inattendus révèlent une fascination pour l’avenir et pour les systèmes de protection et de contrôle : il conçoit un abri atomique pour l’US Air Force et imagine une métropole souterraine d’anticipation, baptisée Atomville. Pensée comme une ville autonome enfouie sous terre, Atomville mêle anxiétés de la guerre froide et idéaux utopiques, prolongeant sa conception du design total jusqu’à une vision de survie collective.

Doté d’une énergie créatrice inarrêtable, Paul László demeure une figure incontournable du design américain jusqu’à sa mort, à l’âge de quatre-vingt-treize ans, à Santa Monica. Son œuvre témoigne d’un luxe discipliné, d’une rigueur intellectuelle constante et de la conviction profonde que l’architecture – qu’il s’agisse d’un intérieur de penthouse ou d’une ville souterraine – doit toujours être pensée comme un monde cohérent et pleinement accompli.

Archival Photography: Julius Shulman © J. Paul Getty Trust. Getty Research Institute, Los Angeles (2004.R.10).
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