Dans les pas de Chareau

Journal Editor's Pick Dans les pas de Chareau

Pierre Chareau imagine la Maison de Verre il y a cent ans. Tout, du mobilier aux luminaires, y est fonctionnel, ingénieux et beau par essence. Une conception qui bouscule les conventions à l’époque… et qui demeure, aujourd’hui encore, d’une actualité et d’une inspiration saisissantes.

Pour tout architecte ou passionné de design, la Maison de Verre est un passage obligé. Édifiée à Paris entre 1928 et 1932, cette œuvre pionnière est un joyau architectural mêlant métal, pavés de verre et béton. Un lieu où l’intérieur décloisonné annonçait une nouvelle façon d’habiter l’espace. À l’instar de certains de ses pairs les plus connus, Chareau ambitionne de réaliser un Gesamtkunstwerk – « œuvre d’art totale » en allemand – désignant un processus créatif où différentes disciplines artistiques s’assemblent pour former un tout cohérent. D’où les pièces de mobilier et luminaires iconiques que le maître français conçoit spécifiquement pour cette maison. En associant matériaux industriels et artisanat traditionnel, il signe des créations à la fois souples, pratiques et, au final, une ode à la sophistication.

Au-delà de ses qualités indiscutables et de sa beauté, cette maison continue de fasciner. Et d’inspirer les architectes contemporains à inventer de nouvelles qualités esthétiques à partir de matériaux modernes. Autrement dit : comment transformer un matériau jugé peu raffiné, voire inadapté, en un exemple éclatant de nouveauté et de sophistication ?

Cette maison voit le jour à la fin des années 1920, alors que les Arts Décoratifs sont à leur apogée. Tandis que Jean-Michel Franck crée le salon iconique de Marie-Laure de Noailles – un exploit de laque, bois exotiques et parchemin aux murs – Chareau, lui, pose du caoutchouc au sol, des pavés de verre aux murs, et du métal, de l’aluminium et du béton tout autour. Chez Jacques Doucet, dans son Studio Saint James, les ferronniers réalisent de somptueux escaliers aux détails travaillés et ornements raffinés. Chareau, lui, dessine la structure la plus simple que l’on pourrait trouver dans une usine. Et aux fenêtres, il installe… des manivelles !

En d’autres termes, alors que certains de ses contemporains poussent les arts décoratifs dans leurs ultimes raffinements, cherchant jusqu’où la laque ou le précieux galuchat peuvent s’intégrer, Chareau s’enthousiasme pour les possibilités offertes par l’usage de matériaux solides, « pauvres » et bon marché. Il puise son inspiration dans les usines et les bâtiments publics, voyant dans l’industrialisation un moyen de concevoir de meilleurs espaces de vie. En cela, il partage les convictions de Charlotte Perriand et Jean Prouvé, pour qui le métal, le verre et le béton sont non seulement les symboles de la modernité, mais aussi des solutions intéressantes pour une production à moindre coût et en série. Malheureusement, dans le cas de Chareau, il n’en fut rien : la maison regorge d’idées et de solutions ingénieuses nécessitant un savoir-faire – et donc un budget ! – considérable.

Passons maintenant au mobilier et aux luminaires que Chareau dessine au fil des années, y compris les nombreuses pièces créées spécialement pour la Maison de Verre. Comme la maison, ces créations sont des chefs-d’œuvre de génie et de recherche sur les matériaux.

L’un de ses modèles les plus iconiques et reconnaissables : la Table Eventail. L’original de la maison s’est vendu aux enchères pour 600 000 €. On ne peut s’empêcher de penser au célèbre dessin de la vis aérienne de Léonard de Vinci… ou aux hélices de grandes turbines dans une aciérie. C’est bien plus qu’une inspiration : c’est l’approche visionnaire de Chareau lorsqu’il conçoit des objets familiers. On retrouve cette même démarche dans un bureau simple, presque modeste, en bois et métal, conçu vers 1927. Sa structure épurée est toute entière dédiée à la fonctionnalité et à la soustraction : aucune ornementation superflue. Ce meuble est si discret qu’on pourrait l’imaginer dans le bureau d’un comptable d’une grande filature du nord de la France. Et pourtant, un siècle plus tard, ses lignes apparemment élémentaires mais ingénieuses dégagent la même assurance que lorsqu’il trônait au centre d’une pièce de la Maison de Verre.

Et puis, il y a les luminaires, une catégorie dans laquelle Chareau parvient, là encore, à se dépasser. La série iconique Religieuse s’inspire de la coiffe des nonnes, dont elle tire son nom. La version grand format semble danser au sol, sa structure élancée telle une robe du soir flottant sous une coiffe composée d’éléments géométriques en albâtre. Élégante, légèrement sensuelle… et tellement inventive ! Le modèle original de la Religieuse s’est adjugé 2,1 M $ aux enchères. Ce mélange d’albâtre et de bois ou de métal inspire à Chareau de nombreuses autres déclinaisons, dont le mystérieux Quart de rond, évoquant un masque (non sans une pointe d’humour noir, puisqu’il imagine une version baptisée Potence, la faisant ressembler à une potence macabre, mais chic). Il s’amuse aussi avec des appliques murales, créant la Mouche : des pièces d’albâtre reliées par une minuscule incrustation de métal, ponctuant le mur comme de petites mouches…

Ces luminaires racontent, de manière fascinante, la vision de Chareau : l’aspect industriel du métal, l’usage ingénieux de l’albâtre, et un véritable travail d’assemblage qui évoque l’esthétique cubiste. Ils étaient d’une modernité sidérante à l’époque. Ils sont devenus des classiques aujourd’hui. Les créations de Chareau sont belles. Mais leur valeur se trouve décuplée par l’histoire qu’elles portent : celle de la nouveauté et de la vision. Et c’est précisément pourquoi son œuvre reste si actuelle : parce qu’elle bouscule les conventions et continue d’inspirer.

Grâce à l’engagement de la Galerie MCDE, la plupart des créations de Chareau sont aujourd’hui rééditées et disponibles exclusivement chez nous.

Pierre Chareau

Ce créateur visionnaire a insufflé un vent de modernité dans la décoration d’intérieur grâce à son utilisation novatrice du bois, du verre et du métal. Au milieu des années 1920, il rejoint la prestigieuse Société des artistes décorateurs et, en 1929, il cofonde l’Union des artistes modernes. À l’instar de certains de ses pairs, tels que Robert Mallet-Stevens et Jean-Michel Frank, il se lie d’amitié avec les artistes majeurs de son époque, comme Max Ernst, Joan Miró, Amedeo Modigliani, Louis Aragon, Paul Éluard et André Breton, pour n’en citer que quelques-uns.

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